Bonjour tout le monde 🙂

Dernièrement, nous nous sommes lancés dans un exercice d’essais – ces écrits de réflexions – sur des thèmes qui nous touchent particulièrement. 

Voici un premier essai sur l’eau dont la première partie a été rédigée par un citoyen habaysien, Alain, qui est amené par son travail à voyager dans le monde. La seconde partie a été co-écrite par Marc et Hélène, deux autres citoyens, et le tout a été co-lu par plusieurs membres de la locale afin de vous proposer à la lecture un texte qui se veut en phase avec vos préoccupations du quotidien

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Du Gange à la Rulles

L’approvisionnement en eau est, aujourd’hui déjà, un problème criant pour un quart de la population mondiale. Le tableau actuel est inquiétant. Des villes comme Sao Paulo, Chennai (ex Madras) et Cape Town ont frôlé la pénurie totale d’eau en 2018 ! Le sol de Mexico s’effondre suite au pompage massif des eaux souterraines… et d’ici 10 ans, c’est un milliard de citadins qui seront menacés par le manque d’eau avec des répercussions sur la santé publique et les troubles sociaux associés.

En Inde, la fonte des glaciers de l’Himalaya qui alimentent le Gange va encore compliquer un peu plus la gestion des eaux très polluées de ce fleuve ; cet approvisionnement en eau concerne pourtant une grande partie des 1,3 milliard d’habitants. De plus, l’accroissement annuel de population de ce pays a beau avoir été réduit de moitié en quelques années, cela représente tout de même plus de 16 millions d’habitants supplémentaires (en 2019) qui ont besoin d’eau propre.

Si l’eau du Gange est un problème interne à l’Inde, que dire des tensions géopolitiques liées aux grands fleuves dont les eaux sont convoitées par les différents pays traversés ?! Ainsi, le projet turc de créer 22 barrages sur le Tigre et l’Euphrate fait grincer des dents la Syrie et l’Irak, qui deviennent les otages de la Turquie pour leur alimentation en eau. La situation est identique sur le Nil, où l’Éthiopie a entamé la construction d’un barrage, provoquant une tension explosive avec l’Égypte.

En Europe, des études ont montré que la fonte des glaciers et le manque de neige en montagne réduiront le débit des fleuves, comme la Loire, de 30% ! Quant à la Belgique, les problématiques sont encore différentes : les précipitations sont moins fréquentes mais plus intenses, ce qui résulte en un risque accru d’inondations et une plus faible pénétration de l’eau dans les nappes phréatiques…

 

Le tableau peut sembler sombre. Cependant, de nombreuses choses peuvent être améliorées dans la gestion de l’eau :

  • Colmater les fuites dans les réseaux de distribution,
  • Améliorer le recyclage de l’eau,
  • Capter et stocker les eaux de pluie,
  • Nettoyer les lacs et les zones humides,
  • Réparer les anciens puits,
  • Abandonner dans les zones non adaptées les cultures à forte consommation d’eau comme le coton et le riz,
  • Professionnaliser la gestion des ressources en eau à tous les niveaux de pouvoir, pour éviter que l’ignorance et/ou la corruption ne gaspille les fonds grandissants alloués à la lutte contre la sècheresse.

 

Pour en venir à notre échelle locale, quels sont les effets du changement climatique dans notre belle commune baignée par la Rulles ?  La grêle et les violents orages, la tornade à 20 km à vol d’oiseau de notre commune, une sécheresse exceptionnelle l’été dernier avec pas moins de TROIS périodes de canicule officiellement répertoriées par l’IRM, les inondations qui ont marqué l’hiver et le début de ce printemps et, à présent, la sécheresse qui se profile… Tous ces événements sont autant de témoins du fait que nous n’échapperons pas au risque croissant de sécheresses et d’orages violents chez nous. Il est donc temps de nous adapter pour atténuer, autant que possible, les effets liés à un soudain excès d’eau ou au contraire une longue période de sécheresse.

Avant d’aborder les possibles solutions applicables à Habay, il peut être intéressant de jeter un coup d’œil dans le Nord du pays. En Flandre, Aquafin – l’équivalent de la Société Publique de Gestion de l’Eau en Wallonie (SPGE) – a estimé à 15 millions de mètres cube, la capacité totale des citernes à eau privées. Leur projet consiste à équiper les citernes avec un senseur connecté qui transmettra en direct le niveau de chaque citerne à Aquafin. Les citernes seront également équipées d’un système de percolation contrôlée. Le but est de vider partiellement les cuves à distance lorsque de fortes pluies sont annoncées. Ainsi, l’eau percole vers les nappes phréatiques (cfr schéma ci-dessous) plutôt que vers la cuve où le trop-plein rejoint généralement les égouts, amplifiant les inondations. (N.B. : cette solution n’est pas imposée aux habitants. Des incitants sont prévus pour ceux qui acceptent de participer au réseau et donc de perdre une part de contrôle sur leur eau de pluie dans l’intérêt général). 

Pour la Wallonie, les réglementations sur les eaux de pluie imposent, depuis 2018, des citernes avec drains dispersants pour répondre au mieux à cette problématique de l’infiltration vers les nappes et réduire la saturation des centres de traitement des eaux usées. Mais l’idéal, c’est de relier le trop-plein à des puits perdus afin de renvoyer l’eau excédentaire dans le sol, ce qui l’amènera naturellement vers les nappes phréatiques… 

 

Contrairement à la Flandre, nous avons la chance d’avoir un relief plus marqué ; nous pourrions en profiter ! En effet, sur le territoire communal, il devrait être possible d’approfondir nos lacs et autres plans d’eau afin de disposer d’un volume d’eau plus important pour pouvoir accumuler ou, au contraire, lâcher des eaux en fonction des nécessités. Accessoirement, des plans d’eau plus imposants sont également un atout touristique supplémentaire.

Au niveau urbanistique, pour les nouvelles constructions à venir, qu’elles soient privées, communautaires, commerciales, agricoles ou autres, il faudrait probablement veiller à ce qu’une citerne d’eau de grande capacité soit prévue dès le départ. Pour les constructions existantes, on pourrait considérer un petit coup de pouce à ceux qui envisagent de placer une citerne, ou à ceux qui envisagent d’augmenter la capacité de leur citerne existante. Au sujet du pourcentage d’habitations dotées d’une citerne à eau de pluies, la Wallonie est largement en recul par rapport à la Flandre, et notre province du Luxembourg est bonne dernière en Wallonie… Au moins, nous disposons là d’une belle marge de progression possible 🙂

 

Aux niveaux agricole, forestier et paysager, la plantation de haies vives peut contribuer à limiter l’écoulement des terres en période de fortes précipitations. Dans le même but, il est conseillé, par exemple, de privilégier le creusement des sillons dans un axe perpendiculaire à la pente du terrain. En outre, la plantation massive d’arbres est citée comme la solution la plus facile à mettre en œuvre et parmi les plus efficaces pour lutter contre le réchauffement climatique

Avec la météo aux effets intenses (sécheresse, inondations, grêle), l’agriculture et le maraîchage au niveau local pâtissent. Et puisque le nombre de canicules et de records de chaleur va en s’accentuant, peut-être pourrait-on envisager de revoir le système des indemnités et des subsides versés aux travailleurs de ce secteur ?! Actuellement, des indemnités sont proposées en cas de dégâts de sécheresse… Cela veut-il dire que si vous parvenez à sauver vos cultures – à coups de gros efforts et de grosses dépenses -, vous n’avez pas droit à une telle aide ?! Certes, ces indemnités sont régionales ; il serait donc intéressant d’augmenter les aides communales destinées aux agriculteurs pour qu’ils puissent se prémunir le mieux possible contre ces dégâts. Ces subsides pourraient concerner des systèmes d’arrosage, de remise en état de vieux puits, des citernes à eaux de pluie, ou tout autre système adapté à la culture ou l’élevage concerné(e). Peut-être serait-il judicieux au niveau de notre commune, de déterminer, et de créer si besoin, des points de pompage accessibles aux agriculteurs en cas de sécheresse, tels que des bassins de rétention d’eau, par exemple. Subsidier les moyens pour les agriculteurs de se prémunir contre les dégâts aux cultures a certes un coût, mais ce serait très probablement plus efficace financièrement que de verser de plus en plus régulièrement de l’argent public en indemnités de calamités agricoles liées à la sècheresse. Par ailleurs, il est plus valorisant, pour l’agriculteur, de parvenir à sauver ses cultures, malgré les difficultés, plutôt que de voir les intempéries avoir raison de plusieurs mois de travail ! De tels subsides contribueraient également à favoriser nos productions locales et, par conséquent, le circuit court

Dans le bulletin communal du mois d’août dernier, plusieurs mesures ont été conseillées : les entrées de garage bombées, la pose de rails ou de murets pour se prémunir des inondations… Nous sommes heureux de voir que des conseils sont fournis à la population de Habay. Et nous pensons aux services communaux dont les nouveaux ateliers pourraient aussi bénéficier de la présence d’une citerne à eaux de pluie afin d’assurer – ne fut-ce qu’une partie de – l’arrosage des bacs à fleurs de notre belle commune. Enfin, bien d’autres solutions existent encore – des solutions de bon sens ou technologiquement de pointe… -. Quoiqu’il en soit, l’eau a ses bienfaits… et ses méfaits. Et le génie humain, élaboré au cours des siècles pour la préserver autant que pour se prémunir de ses excès, est immense.  

 

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L’eau à Habay, hier, aujourd’hui et demain

 

L’eau chez nous depuis l’été dernier

Réflexions à la fin de l’été dernier : au moment de commencer ces lignes, je lève la tête pour chercher l’inspiration, je regarde par la fenêtre et je vois qu’il pleut. Enfin ! Une petite pluie fine tombe et mouille la pelouse toute roussie par le soleil d’un été torride. Elle s’insinue dans les crevasses qui lézardent les plate-bandes du jardin. Enfin, il pleut ! Cette pluie fine que tous attendaient. A côté du clavier, une circulaire communale adressée aux citoyens annonce des restrictions dans l’usage de l’eau potable pendant trois mois, à titre préventif. De l’autre côté du jardin, coule la Rulles… si l’on peut dire car le débit est de l’ordre du litre par seconde. La radio informe de l’inquiétude des autorités régionales devant la baisse du niveau des cours d’eau. Comment ne pas se poser des questions quant à la distribution de l’eau potable pour les mois et les années à venir ?! 

 

Nous avons besoin d’eau pour boire, pour la cuisine, pour l’hygiène au quotidien. Les indépendants, les artisans et les entreprises en ont besoin pour leurs productions, leurs constructions, etc. Les humains, les animaux et les plantes ne peuvent vivre sans eau ! Et puis, l’entretien de nos maisons, de nos outils, de nos voitures, ainsi que certains loisirs, sont gourmands en eau…

 

Dans plusieurs villages de la commune, certains d’entre nous s’inquiètent de l’eau « blanche » qui coule des robinets : pleine de bulles, fort calcaire… Ces bulles d’air soulignent-elles à quel point nos nappes phréatiques s’épuisent ?! Certaines zones sont d’ailleurs soumises à des restrictions dans l’usage de l’eau potable depuis décembre 2017 ! Les éleveurs, les agriculteurs, les maraîchers sont sans cesse à la recherche de réserves d’eau pour abreuver ou arroser quotidiennement leurs animaux, leurs cultures, leurs plants.

 

Un avenir pour notre eau ?

Ces dernières années, nos villages ont connu des périodes de canicules, de la sécheresse, des orages, des inondations, des tempêtes et des tornades dévastatrices… Comment seront nos prochains étés ? Le changement climatique va-t-il continuer à nous causer des problèmes ? Nous venons à peine de sortir de l’hiver, nos sols étaient détrempés, nos rivières débordaient encore il y a quelques semaines…  Est-ce que les nappes phréatiques ont eu le temps de se remplir ? Combien de litres d’eau se sont encore déversés dans nos égouts avant d’atteindre les nappes phréatiques au début du printemps ? Quelle quantité d’eau avons-nous déjà perdue en zones urbanisées, là où les sols imperméabilisés par le béton raccourcissent le cycle de l’eau ? Depuis plusieurs semaines, le soleil est là. Il réchauffe nos coeurs et fait pousser la végétation à une vitesse folle. Et la terre ? Si vous vous mettez à creuser dans le sol aujourd’hui, vous pourrez le sentir : elle s’est vite asséchée ! Les faits sont là : les réserves d’eau diminuent déjà. Est-ce que les prochaines pluies suffiront à régénérer les sols ? Devrons-nous à nouveau subir cet été des excès soudains en eau alternés de longues périodes de sécheresse, finissant avec des réserves au plus bas ? Ces alternances d’inondations et de sécheresses sont tout de même difficiles à gérer, autant au niveau privé que professionnel ! Comment pourrions-nous nous en prémunir ou les atténuer ? 

 

Quand on lit le rapport d’AquaWal au terme de l’été dernier, la Belgique apparaît comme un pays à “fort stress hydrique”. En cause ? La répartition de l’eau belge, sa qualité et une demande croissante de cette ressource. Apparemment, l’eau extraite en Wallonie est en partie utilisée par la Flandre et Bruxelles-Capitale. Un tiers des surfaces en eau du pays est en mauvais état écologique, en raison de son usage dans le refroidissement de réacteurs nucléaires, et de sa pollution par des substances chimiques diverses. 

A contrario, les derniers chiffres obtenus pour la commune (2010 tout de même…) soulignent une très bonne qualité des cours d’eau communaux, ce qui est (était?) très encourageant. Un tel constat ne peut que nous renforcer dans l’idée que nous avons un bel avantage à maintenir une gestion communale de notre eau. Toutefois, ce n’est pas une garantie éternelle. Nous savons que la commune compte chaque année de plus en plus d’habitants. En considérant les projets urbanistiques planifiés pour la commune, c’est plus d’une centaine de nouveaux logements qui seront bâtis et s’ajouteront chaque année dans les 6 à 10 ans à venir… au lieu de vingt logement par an sur la décennie passée. Ainsi, il apparaît évident que la mise en place d’un task force au niveau communal devient nécessaire pour analyser cette situation inédite et y trouver des réponses concrètes rapidement !

Avons-nous aujourd’hui les réserves nécessaires pour faire face à la demande d’eau potable ? En aurons-nous demain ? Quels sont les besoins que nous devrons couvrir ? Des géographes ont été interrogés par le collège (nous attendons leur rapport détaillé), de nouveaux puits sont forés… mais ces mesures seront-elles suffisantes dans une dizaine d’années ?

Si nous voulons garder notre eau et continuer à la distribuer au sein de notre commune, nous devons savoir si demain cela sera encore possible et à quel coût ?! Sinon, faute d’avoir anticipé les problèmes, contraints et forcés, devrons-nous rejoindre une société de distribution régionale (avec les avantages et inconvénients que cela implique) ?

 

Comment agir pour notre eau ?

À côté de la recherche de nouvelles ressources, ne faut-il pas se pencher sur une économie de l’eau potable ? N’oublions pas, également, de vérifier notre réseau de distribution et colmater les éventuelles fuites ! Nous pouvons aussi nous pencher sur la réparation et la réouverture d’anciens puits. Et pourquoi pas rebondir avec le recyclage d’une partie de l’eau consommée chez les particuliers et entreprises ? Différentes options existent déjà. Et elles sont bonnes pour le portefeuille de tous : des modèles de toilettes sèches ou des principes de réutilisation des eaux de cuisine pour le jardinage, par exemple. 

 

Nous savons que nos pluies sont trop rares ou trop abondantes pour permettre leur stockage dans les nappes phréatiques. Comment capter cette eau ? Ne faut-il pas encourager le stockage de l’eau de pluie, par exemple, dans des citernes domestiques ? Ne faut-il pas encourager la création de mares ou étangs pour stocker l’eau des précipitations orageuses pour les besoins de l’agriculture et du maraîchage ? Et puis, il existe des techniques économes en eau pour l’arrosage. Comment peut-on participer à la mise en place de ces pratiques ? 

 

L’eau, cette denrée précieuse, est un sujet au cœur de notre quotidien. Demain, nous souhaitons boire et utiliser une eau prélevée localement et distribuée par des employés de notre commune. Nous envisageons des moyens de la recycler au mieux dans les usages domestiques. Nous voulons soutenir le travail de nos entrepreneurs locaux, agriculteurs, éleveurs et maraîchers. Nous espérons qu’une gestion optimale de cette ressource commune pourra être mise en place pour aujourd’hui et pour demain car il s’agit d’une vaste problématique… et il est temps d’agir. Et si nous commençions par un groupe de travail capable d’analyser la situation et proposer des solutions concrètes ?

Pour la Locale Ecolo Habay,

Alain, Hélène, Marc et les relecteurs membres motivés 🙂

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